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Peu de constructeurs automobiles peuvent se vanter d’avoir autant marqué l’histoire du transport et de l’innovation que **Citroën**. Plus qu’une simple marque, Citroën est synonyme d’audace, de génie marketing et de confort inégalé. Dès sa fondation, l’entreprise française s’est positionnée à l’avant-garde, introduisant des technologies qui sont devenues des standards de l’industrie. Plongeons dans l’histoire de cette marque aux chevrons emblématiques, de ses débuts fulgurants sous l’impulsion de son fondateur visionnaire jusqu’à sa position actuelle au sein des grands groupes automobiles mondiaux.
L’histoire de Citroën est celle d’une succession de modèles légendaires, d’avancées techniques majeures, mais aussi de défis financiers. C’est une épopée d’un siècle qui a non seulement mis la France sur roues, mais a également influencé la manière dont le monde entier conçoit la voiture. Attachez votre ceinture pour un voyage dans le temps, à travers les révolutions Citroën.
1. Les Fondations du Génie : André Citroën et les Premières Révolutions (1919-1934)
L’histoire de l’automobile Citroën commence avec un homme, **André Citroën**, un ingénieur polytechnicien et un entrepreneur au flair exceptionnel. Né en 1878, il est d’abord remarqué pour la gestion des usines de munitions pendant la Première Guerre mondiale. L’efficacité qu’il y met en place, inspirée des méthodes de production de masse d’Henry Ford, sera la clé de voûte de son projet automobile après l’armistice.
1.1. Naissance de la Marque aux Chevrons (1919)
En 1919, l’usine de Javel, à Paris, est reconvertie. Le premier modèle de la marque, la **Citroën Type A**, sort des chaînes. Ce n’est pas seulement une nouvelle voiture; c’est la première voiture européenne fabriquée en grande série et, surtout, la première livrée « toute équipée » (avec démarreur électrique et éclairage). André Citroën ne vend pas seulement un objet, il vend la liberté et la simplicité, s’adressant à la classe moyenne. En adoptant les techniques de Ford (travail à la chaîne), il parvient à réduire drastiquement les coûts, rendant l’automobile accessible à un public beaucoup plus large. Il vendait des voitures, là où ses concurrents ne vendaient que des châssis nus à carrosser. Ce fut une véritable révolution sociétale.
1.2. Le Marketing Avant-Gardiste
Si André Citroën était un ingénieur brillant, il était également un marketeur de génie, bien avant que le terme n’existe. Il fut le premier à utiliser des techniques publicitaires grandioses :
- Le survol de Paris par des avions écrivant le nom « CITROËN » dans le ciel.
- Le célèbre affichage lumineux monumental sur la **Tour Eiffel** de 1925 à 1934.
- L’organisation de Raids automobiles spectaculaires (la Croisière Noire en Afrique, la Croisière Jaune en Asie) pour prouver la robustesse de ses véhicules et faire rêver le public.
Ce génie du marketing a bâti la notoriété de la marque à une vitesse incroyable, mais cette extravagance a également pesé lourdement sur les finances de l’entreprise.
1.3. L’Innovation Face à la Crise
Malgré la récession économique mondiale, Citroën continue d’innover. En 1934, la marque lance un modèle qui changera la donne : la **Traction Avant**. Ce véhicule est un concentré d’avancées techniques :
- **Traction avant (son nom l’indique) :** une première pour une voiture de grande série.
- **Caisse monocoque :** supprimant le châssis, elle améliore la sécurité, la rigidité et l’abaissement du centre de gravité.
- **Freins hydrauliques.**
La Traction Avant est un chef-d’œuvre d’ingénierie moderne, avec sa silhouette basse et élégante, mais son développement coûte une fortune. La trésorerie de Citroën ne résiste pas à ces investissements massifs, et l’entreprise est contrainte de déposer le bilan en 1934. Ironie du sort, la voiture qui assurera la survie de l’entreprise pendant plus de vingt ans (elle fut produite jusqu’en 1957) fut celle qui causa sa perte initiale. **Michelin**, le principal créancier et fournisseur, reprend l’entreprise en 1934.
2. L’Âge d’Or de l’Ingénierie Révolutionnaire (1948-1974)
Sous la direction de Michelin, Citroën retrouve une gestion plus rigoureuse et se concentre sur des projets ultra-secrets et ambitieux qui mèneront aux modèles les plus iconiques de son histoire. Cette période est celle de l’affirmation de la culture Citroën : une marque qui pense et agit différemment.
2.1. La Philosophie Minimaliste : La 2CV (1948)
2.1.1. Le Cahier des Charges Légendaire
Conçue avant la guerre par Pierre-Jules Boulanger, la **2CV** (Deux Chevaux) devait répondre à un cahier des charges d’une simplicité désarmante, mais d’une complexité technique : transporter quatre personnes et un panier d’œufs sur un champ labouré sans casser un seul œuf, tout en consommant très peu. Elle devait également être facile à conduire par une femme et pouvoir traverser un champ avec des sabots.
2.1.2. Un Succès Populaire Mondial
Lancée en 1948, la 2CV est l’anti-automobile par excellence. Rustique, économique, avec une suspension révolutionnaire, elle incarne la motorisation de la France rurale et des étudiants. Sa production s’étendra jusqu’en 1990, faisant d’elle l’un des modèles les plus durables et reconnus au monde. Elle est l’exemple parfait de la philosophie « less is more ».
2.2. L’Ovni Routier : La Déesse (DS) (1955)
En 1955, au Salon de l’automobile de Paris, Citroën frappe un grand coup. La présentation de la **DS** (Déesse) est un événement historique. Elle est si futuriste que le public en passe commande par milliers, sans même avoir conduit un essai. Son design aérodynamique, œuvre du designer Flaminio Bertoni, était à couper le souffle, mais ce qui la rendait vraiment unique était sa technologie.
La DS introduit la fameuse **suspension hydropneumatique**, une innovation majeure qui offrait un confort de roulement jamais atteint auparavant, en maintenant une assiette constante quelle que soit la charge. Cette technologie contrôlait également les freins et l’assistance de direction. La DS n’était pas seulement une voiture, c’était un concept révolutionnaire de la route et du voyage. Elle est rapidement devenue le symbole du prestige français et le véhicule officiel des présidents de la République.
2.3. L’Héritage Révolutionnaire : La SM et la GS
Dans les années 60 et début 70, Citroën capitalise sur son avance technologique :
- **La GS (1970) :** Voiture de gamme moyenne, elle rend la suspension hydropneumatique accessible à un public plus large. Elle fut un succès commercial grâce à son excellent comportement routier. D’autre part, c’est un moyen de se passer d’un cric pour changer une roue.
- **La SM (1970) :** Un coupé de grand tourisme né de l’association avec Maserati (que Citroën avait racheté). Alliant la suspension hydropneumatique Citroën et la mécanique V6 Maserati, c’était une vitrine technologique et un chef-d’œuvre de design et de performance.
3. L’Ère des Alliances et des Défis (1974-2000)
Malgré l’excellence technique et le succès d’estime, la complexité des modèles (notamment la DS et la SM) et les crises pétrolières entraînent Citroën dans une nouvelle spirale financière. L’entreprise est au bord du gouffre.
3.1. Le Mariage Forcé avec Peugeot : La Création du Groupe PSA (1974)
En 1974, l’État français encourage le rachat de Citroën par **Peugeot**, donnant naissance au groupe **PSA Peugeot Citroën**. Ce regroupement marque la fin de l’indépendance totale de Citroën et l’ère des « doublons » techniques. Sous l’égide de PSA, Citroën doit se rationaliser. L’objectif est de partager les plateformes et les moteurs pour réduire les coûts. Cette période voit l’arrivée de modèles plus conventionnels, mais nécessaires à la survie du groupe, tels que la Visa et la BX.
3.2. Le Retour au Confort et à l’Originalité
Malgré la rationalisation, Citroën ne perd pas totalement son âme. Le constructeur continue d’innover, même s’il doit le faire sur des bases techniques partagées :
- **La XM (1989) :** Digne héritière de la DS/CX, elle introduit la suspension **Hydractive**, une évolution électronique de l’hydropneumatique, qui ajuste la souplesse en temps réel.
- **La Xantia (1993) :** Elle perfectionne l’Hydractive et sera même dotée du système **Activa**, capable de supprimer le roulis en virage (Active Body Control), offrant une tenue de route spectaculaire.
4. La Modernité et la Renaissance du Style (Depuis 2000)
Le 21ème siècle est marqué par un désir de la marque de renouer avec l’audace stylistique et l’originalité qui ont fait son succès, tout en maîtrisant les coûts de production grâce au groupe PSA.
4.1. Le Renouveau du Design et l’Ère des Monospaces
L’année 2000 est celle du lancement de la **C5**, suivie de la **C3** (2002) qui rompt avec la ligne de l’ancienne Saxo. Mais c’est surtout la gamme des monospaces qui assoit la domination de Citroën dans le segment familial :
- **Le C4 Picasso (2006) :** Avec son pare-brise panoramique et son tableau de bord original, il devient une référence en matière de luminosité et de modularité intérieure.
- **La C6 (2005) :** Une grande berline qui tente de renouer avec le prestige de la DS et de la CX, elle est la dernière à utiliser la suspension hydropneumatique, marquant la fin de cette ère technologique pour des raisons de coût et de complexité.
4.2. L’Affirmation du Luxe et de la Différence : La Ligne DS
En 2010, Citroën lance la ligne **DS**, initialement conçue comme une sous-marque pour proposer des modèles plus premium, audacieux et axés sur le design, à l’image de la petite **DS 3**. Face à son succès, cette ligne prend son indépendance totale en 2014 pour devenir une marque à part entière : **DS Automobiles**, l’incarnation du luxe à la française au sein du groupe. Ce mouvement permet à Citroën de se recentrer sur ses valeurs fondamentales : le confort et l’accessibilité.
4.3. Le Programme « Advanced Comfort »
Aujourd’hui, Citroën a défini sa stratégie autour du programme ** »Advanced Comfort »**. Après avoir abandonné l’hydropneumatique, la marque se concentre sur l’excellence du confort à travers :
L’innovation principale réside dans les **Suspensions à Butées Hydrauliques Progressives®** (déployées sur les C4 Cactus, C5 Aircross et C4/ë-C4) qui filtrent mieux les aspérités de la route, recréant une sensation de « tapis volant » proche de l’ancienne hydropneumatique, mais avec une technologie plus simple et moins coûteuse. À cela s’ajoutent des sièges plus rembourrés et une insonorisation optimisée. Le nouveau design des modèles (comme la C4 et la C5 X) est plus audacieux et mise sur une silhouette hybride (entre berline et SUV) pour se démarquer.
Le constructeur s’est également pleinement engagé dans l’électrification avec des modèles comme la ë-C4 et le ë-Berlingo, préparant la marque aux défis de la mobilité de demain. L’entrée dans le groupe **Stellantis** (fusion de PSA et FCA en 2021) lui ouvre de nouvelles perspectives de plateformes et de marchés mondiaux, assurant la pérennité de l’héritage d’André Citroën.
**Conclusion**
De la Type A, première voiture populaire de masse, à la DS, la Déesse du futur, en passant par l’incomparable 2CV, Citroën a toujours été plus qu’une simple marque de voitures. C’est le reflet d’un esprit français d’ingéniosité, d’une audace sans limite, et d’une recherche constante du confort. Aujourd’hui, bien ancrée dans le paysage Stellantis, l’entreprise aux chevrons continue de tracer sa propre voie, celle de l’originalité et du bien-être à bord, prouvant que l’héritage d’André Citroën est bel et et bien vivant.